Et si notre système immunitaire aidait demain à mieux comprendre le Lyme long ?
Une simple prise de sang pourrait-elle un jour raconter une partie de notre histoire infectieuse ? Dire comment notre organisme se défend, quels agents infectieux il a rencontrés et pourquoi deux personnes exposées au même microbe peuvent évoluer de manière très différente ?
Cette perspective peut sembler futuriste. Pourtant, des chercheurs travaillent déjà à décrypter ce que l’on pourrait appeler notre « empreinte immunitaire ».
Une piste particulièrement intéressante pour les personnes atteintes de maladies vectorielles à tiques, notamment celles qui présentent des symptômes persistants et complexes.
Notre système immunitaire garde des traces
Notre système immunitaire dispose notamment de lymphocytes B et T, dont les récepteurs sont capables de reconnaître des éléments étrangers à notre organisme.
L’extraordinaire diversité de ces récepteurs constitue ce que les chercheurs appellent notre « répertoire immunitaire adaptatif ». Il est propre à chacun et évolue au cours de la vie, notamment au gré des infections et des vaccinations.
Grâce aux nouvelles techniques de séquençage, les chercheurs peuvent désormais analyser des millions de ces récepteurs à partir d’une prise de sang. Leur objectif est progressivement d’apprendre à « lire » cette mémoire immunitaire.
C’est là que ces recherches deviennent particulièrement intéressantes pour les maladies infectieuses complexes.
Prenons un exemple simple
Imaginons trois personnes piquées par une tique.
La première développe un érythème migrant, reçoit rapidement un traitement et guérit.
La deuxième a également une borréliose de Lyme mais, après son traitement, continue à souffrir pendant des mois d’une fatigue intense, de douleurs ou de troubles cognitifs et neurologiques.
La troisième présente un tableau encore différent, avec des symptômes multiples et une autre infection transmise par les tiques également suspectée ou diagnostiquée.
Pourquoi ces trois personnes ont-elles évolué différemment ?
L’une présente-t-elle une réponse immunitaire qui s’est normalisée tandis qu’une autre conserve une activation particulière ? Existe-t-il un dérèglement de certaines réponses immunitaires ? Une autre infection intervient-elle ? Plusieurs phénomènes se superposent-ils ?
Nous ne savons pas encore répondre à ces questions pour le Lyme long. Mais nous disposons désormais d’outils beaucoup plus puissants pour les étudier.
Ne plus chercher seulement le microbe
C’est un changement de perspective important.
Pour rechercher une infection, on essaie classiquement de mettre en évidence l’agent infectieux lui-même ou la réponse de l’organisme contre lui.
Les nouvelles technologies permettent d’envisager quelque chose de complémentaire : observer beaucoup plus finement ce que l’infection a provoqué dans le système immunitaire de la personne.
Les techniques dites « single-cell » vont particulièrement loin : au lieu d’obtenir une moyenne à partir de millions de cellules, elles permettent d’étudier les cellules une par une.
C’est un peu comme passer du bruit général d’une foule à l’écoute des différentes conversations qui s’y déroulent.
Pourquoi cela pourrait être utile dans le Lyme long
La Haute Autorité de santé reconnaît désormais la persistance de symptômes après une borréliose de Lyme traitée sous le terme de PTLDS, que France Lyme appelle plus simplement « Lyme long ». Mais les mécanismes responsables de cette persistance restent à comprendre.
Réponse immunitaire persistante ou inadaptée, inflammation, mécanismes auto-immuns, conséquences tissulaires de l’infection, éventuelle persistance de composants microbiens ou d’une infection, autres infections associées : plusieurs pistes sont étudiées.
Et surtout, les mêmes mécanismes ne sont peut-être pas présents chez tous les malades.
Deux personnes souffrant de fatigue, de douleurs et de troubles cognitifs peuvent présenter des symptômes similaires tout en ayant des mécanismes biologiques différents.
Si la recherche parvient à identifier ces différences, nous pourrions passer de :
« Vous avez encore des symptômes après votre maladie de Lyme » à : « Vos analyses montrent tel type de dérèglement biologique, qui pourrait orienter vers telle stratégie thérapeutique. »
Ce serait un changement considérable.
Et les autres infections transmises par les tiques ?
Une tique peut transmettre différents agents infectieux. Aux côtés des borrélioses existent notamment la babésiose, l’anaplasmose ou certaines rickettsioses. La question des infections multiples et de leurs interactions mérite donc d’être étudiée.
France Lyme attire également l’attention sur des tableaux complexes dans lesquels différentes infections, notamment la bartonellose, peuvent être évoquées. Toutes les associations entre ces infections, les tiques et les symptômes persistants ne disposent cependant pas du même niveau de preuve scientifique et il est nécessaire d’accélérer la recherche sur ces autres infections, mieux connues notamment aux USA.
On peut imaginer que l’analyse du système immunitaire permette un jour de rechercher simultanément plusieurs signatures : celle laissée par Borrelia, mais aussi celles correspondant à d’autres agents infectieux.
Nous n’en sommes pas encore là. Mais les outils permettant d’explorer cette possibilité se développent rapidement.
Suivre aussi ce qui se passe pendant un traitement
Autre perspective intéressante : utiliser ces marqueurs pour suivre l’évolution du malade.
Imaginons une analyse avant un traitement, puis quelques semaines ou quelques mois plus tard.
Certaines populations de cellules immunitaires se normalisent-elles ? Une signature inflammatoire diminue-t-elle ? L’évolution biologique correspond-elle à l’amélioration clinique ressentie par le malade ?
Pour des patients qui entendent parfois que leurs examens sont « normaux » alors qu’ils restent très malades, disposer de biomarqueurs objectifs représenterait une avancée importante.
Vers une médecine réellement individualisée
Ces recherches nous rappellent une réalité fondamentale : face à une infection, nous ne sommes pas biologiquement interchangeables.
Deux personnes peuvent rencontrer le même agent infectieux sans développer exactement la même réponse immunitaire.
À terme, l’objectif serait donc de ne plus seulement raisonner à partir du nom d’une maladie, mais aussi du profil biologique du malade.
Chez un patient, il pourrait être nécessaire de rechercher prioritairement une infection encore active. Chez un autre, les recherches pourraient révéler principalement un dérèglement immunitaire. Chez un troisième, plusieurs mécanismes pourraient coexister.
C’est tout l’intérêt d’une médecine individualisée : essayer de comprendre ce qui se passe chez cette personne-là, plutôt que de supposer que tous les patients portant le même diagnostic fonctionnent biologiquement de la même manière.
Nous parlons encore de recherche
Une prise de sang ne permet pas aujourd’hui de lire l’histoire infectieuse complète d’un malade ni de diagnostiquer un Lyme long, une babésiose ou une bartonellose à partir de son « empreinte immunitaire ».
Transformer ces découvertes en outils utilisables par les médecins demandera encore beaucoup de travail : grandes cohortes de patients, comparaison avec d’autres maladies, identification de biomarqueurs spécifiques, reproductibilité des résultats et validation clinique.
Mais c’est justement maintenant qu’il faut investir dans ces recherches.
Pourquoi France Lyme souhaite que ces pistes soient explorées
Pendant longtemps, le débat autour du Lyme long s’est concentré sur l’existence même de symptômes persistants. La reconnaissance du PTLDS par la HAS en 2025 a déplacé le problème.
La question prioritaire devient désormais :
Pourquoi certains malades restent-ils malades et comment pouvons-nous mieux les soigner ?
France Lyme demande depuis plusieurs années que la recherche s’intéresse davantage aux formes sévères et persistantes et aux situations complexes. Cette priorité rejoint les recommandations parlementaires appelant à renforcer la recherche publique sur les maladies vectorielles à tiques et à s’inspirer notamment des recherches conduites sur le Covid long.
Notre association considère également que les tableaux associant plusieurs maladies vectorielles à tiques doivent être mieux étudiés.
L’objectif n’est pas de transformer des hypothèses en certitudes. Il est au contraire de donner aux chercheurs les moyens de transformer les questions encore sans réponse en connaissances scientifiques solides.
Les progrès de l’immunologie, du séquençage, de l’analyse cellule par cellule et de l’intelligence artificielle ouvrent aujourd’hui des possibilités qui n’existaient pas il y a quelques années.
Derrière ces technologies extrêmement sophistiquées se trouve finalement une question très simple, que beaucoup de malades posent :
« Pourquoi suis-je toujours malade ? »
Pouvoir un jour leur répondre précisément serait déjà une immense avancée.
Et pouvoir ensuite ajouter :
« Maintenant que nous comprenons mieux ce qui se passe dans votre organisme, nous pouvons chercher le traitement le plus adapté à votre situation. »
C’est tout l’enjeu de ces recherches.

