Covid long et Lyme long : la recherche explore enfin leurs mécanismes communs

Une nouvelle étude américaine explore les mécanismes biologiques qui pourraient être communs au Covid long et au Lyme long. Cette démarche rejoint les recommandations formulées dès 2021 par des parlementaires français et les ambitions du programme national de recherche sur les maladies vectorielles à tiques coordonné par l’Inserm.

Comprendre ce qui relie les syndromes post-infectieux

Pourquoi certaines personnes continuent-elles à souffrir pendant des mois, voire des années, après une infection ?

Fatigue intense, troubles cognitifs, douleurs musculaires et articulaires, perturbations du système nerveux autonome : les patients atteints de Covid long et de Lyme long présentent parfois des symptômes très similaires.

Ces ressemblances conduisent les chercheurs à s’intéresser aux syndromes post-infectieux, dont les mécanismes pourraient en partie se rejoindre, malgré des agents infectieux initialement différents.

Plusieurs pistes scientifiques sont explorées : persistance d’agents infectieux ou de fragments microbiens, dérèglements immunitaires, inflammation prolongée ou encore perturbations neurologiques et métaboliques.

L’enjeu est de comprendre pourquoi certaines personnes guérissent complètement, tandis que d’autres développent des symptômes persistants et parfois très invalidants.

Une nouvelle recherche américaine à l’université George Mason

Le 7 octobre 2026, l’université George Mason, aux États-Unis, a présenté une nouvelle étude dirigée par la professeure Alessandra Luchini, en collaboration avec le réseau médical Mount Sinai et avec le soutien de la fondation PolyBio.

Alessandra Luchini est professeure de biologie des systèmes et chercheuse au Centre de protéomique appliquée et de médecine moléculaire de l’université George Mason. Spécialiste des nanotechnologies appliquées au diagnostic médical, elle travaille depuis de nombreuses années au développement de méthodes innovantes permettant de détecter des marqueurs biologiques de maladies infectieuses, inflammatoires et cancéreuses.

Ses travaux portent notamment sur la mise au point d’un test urinaire capable de détecter directement des protéines de la bactérie Borrelia, responsable de la maladie de Lyme, plutôt que de rechercher uniquement les anticorps produits par le système immunitaire. Cette approche pourrait améliorer le diagnostic précoce de la maladie. Son équipe a notamment obtenu en 2024 un financement fédéral américain de plus d’un million de dollars pour poursuivre ces recherches.

Dans sa nouvelle étude, Alessandra Luchini souhaite aller plus loin en explorant les liens biologiques entre Covid long et Lyme long.

Les chercheurs cherchent à déterminer si une infection par le SARS-CoV-2 pourrait, chez certains patients, favoriser la réactivation d’agents infectieux contractés antérieurement, notamment ceux transmis par les tiques.

Ils analyseront des échantillons d’urine à la recherche de signatures moléculaires de Borrelia et d’autres agents pathogènes, ainsi que de marqueurs associés aux perturbations neurologiques et immunitaires.

Au-delà de cette hypothèse, l’intérêt majeur du projet réside dans la recherche de biomarqueurs, c’est-à-dire d’indicateurs biologiques mesurables permettant de mieux comprendre les mécanismes de la maladie.

Aujourd’hui, le diagnostic des formes longues repose largement sur les symptômes et l’histoire médicale des patients. L’identification de biomarqueurs fiables pourrait permettre de distinguer différents profils de malades, de mieux orienter les investigations et, à terme, de proposer une médecine individualisée, avec des traitements adaptés aux mécanismes biologiques identifiés chez chaque patient.

Ces travaux sont encore exploratoires. Ils ne démontrent pas, à ce stade, une réactivation infectieuse, mais ouvrent une piste de recherche intéressante.

Dès 2021, les parlementaires français avaient identifié cette nécessité

Cette démarche scientifique fait directement écho au rapport d’information parlementaire du 7 juillet 2021, Maladie de Lyme : améliorer la prise en charge des patients, présenté par les députés Vincent Descoeur et Nicole Trisse.

Sa recommandation n° 14 proposait explicitement :

« S’inspirer des recherches conduites sur le “Covid long” pour améliorer la connaissance sur les troubles chroniques associés à la maladie de Lyme. »

Les parlementaires soulignaient déjà les similitudes entre les deux pathologies et l’intérêt des cohortes de patients pour comprendre l’évolution des symptômes.

Cette recommandation, formulée il y a cinq ans, prend aujourd’hui tout son sens. Le rapprochement des recherches sur les différents syndromes post-infectieux pourrait permettre de mutualiser les connaissances, les moyens et les technologies, plutôt que de travailler séparément sur des maladies présentant des mécanismes potentiellement communs.

En France, le programme de recherche de l’Inserm ouvre de nouvelles perspectives

En France, un programme national de recherche sur les maladies vectorielles à tiques, doté de 10 millions d’euros, a été structuré sous la coordination de l’Inserm et de ses partenaires scientifiques.

Il prévoit notamment deux grandes cohortes complémentaires :

  • Une première cohorte suivra des personnes après une piqûre de tique, avec un groupe comparateur de personnes non piquées. Elle permettra d’étudier l’évolution des patients dès l’exposition et de rechercher les facteurs associés au développement éventuel de symptômes persistants.
  • Une seconde cohorte sera consacrée aux patients atteints de formes longues, afin de mieux comprendre leurs caractéristiques biologiques, leurs symptômes, leur évolution et leurs besoins thérapeutiques.

Ces cohortes doivent s’accompagner de collections d’échantillons biologiques et de données cliniques destinées à soutenir de futurs travaux scientifiques.

Elles représentent une opportunité importante pour identifier des biomarqueurs, étudier les mécanismes de la persistance des symptômes et faire progresser les stratégies diagnostiques et thérapeutiques.

Lors d’une audition au Sénat en mai 2026, les responsables du programme ont confirmé que les deux cohortes avaient été construites et que les projets avaient fait l’objet d’évaluations scientifiques internationales avant leur lancement.

Faire converger les recherches pour mieux soigner les patients

Pour France Lyme, ces initiatives américaines et françaises doivent s’inscrire dans une même dynamique : celle d’une recherche ouverte, collaborative et centrée sur les mécanismes biologiques responsables des formes longues.

La reconnaissance du syndrome post-borréliose de Lyme traitée (PTLDS) par la Haute Autorité de santé en février 2025 a constitué une avancée importante. Mais reconnaître la persistance des symptômes ne suffit pas : il faut désormais en comprendre les causes et développer des traitements efficaces.

France Lyme souhaite que les programmes de recherche français favorisent les collaborations avec les équipes travaillant sur le Covid long et les autres syndromes post-infectieux, en associant pleinement les patients à la définition des priorités.

Cette convergence scientifique est porteuse d’espoir : mieux comprendre ce qui se passe dans l’organisme après une infection pourrait permettre, demain, de sortir d’une approche fondée principalement sur les symptômes pour proposer une médecine individualisée, fondée sur des mécanismes biologiques objectivés.

C’est tout l’enjeu des prochaines années : transformer la reconnaissance du Lyme long en progrès diagnostiques et thérapeutiques concrets pour les malades.

Sources