105. Quelles sont les dernières avancées dans la recherche sur la maladie de Lyme, le Lyme long (PTLDS) et les autres MVT que ce soit en termes de diagnostic ou de traitements ?
Les avancées les plus récentes sont de divers ordres. Avant tout, la maladie de Lyme n’est plus isolée, mais inscrite désormais dans une famille de syndromes infectieux post-aigu. Les travaux montrent que les symptômes se ressemblent et peuvent toucher tous les systèmes et tissus de l’organisme.
Parmi les mécanismes communs entrant en interaction : la persistance de micro-organismes pathogènes ou d’antigènes, un dérèglement immunitaire systémique, une dysbiose intestinale et perturbation du microbiote, des troubles de la coagulation sanguine, une inflammation cérébrale et un dysfonctionnement mitochondrial.
Il est aussi acquis que chaque syndrome recouvre des tableaux fortement hétérogènes selon les patients.
De plus, les tableaux post-infectieux associent souvent plusieurs pathogènes.
Aussi, on s’attend à des traitements ajustés à chaque tableau clinique individuel. La recherche s’oriente maintenant vers deux priorités.
- La première est de découvrir des biomarqueurs accessibles et réalisables en routine pour mettre fin à l’errance des malades. Il pourra s’agir de biomarqueurs propres à chaque pathogène, pour le diagnostic, mais aussi propres à chaque symptôme et mécanisme physiopathologique associé, pour le suivi thérapeutique.
- La seconde est le lancement d’essais thérapeutiques robustes. Dans le cas du Lyme long, des combinaisons d’antibiotiques donnent des résultats prometteurs dans le cadre d’études cliniques de petite taille et attendent d’être testés dans des essais randomisés contre placebo sur un grand effectif.
- Coté diagnostic, les techniques de bio-informatiques et la méta-transcriptomique font partie des pistes prometteuses, afin de pouvoir détecter des ARN bactériens faibles mais actifs. On pourrait ainsi détecter simultanément plusieurs pathogènes, mais aussi différencier une infection persistante d’un syndrome purement post-infectieux. La méta-transcriptomique peut permettre de passer d’un diagnostic fondé sur la mémoire immunitaire à une lecture en temps réel de l’activité biologique conjointe du pathogène et de l’hôte, ouvrant la voie à une médecine post-infectieuse de précision.
Avancées diagnostiques
- Sur le plan diagnostique, la recherche se concentre d’abord sur l’amélioration des tests existants. Des travaux portent sur l’identification de nouveaux antigènes afin d’augmenter la sensibilité et la spécificité des tests sérologiques, en particulier dans certaines situations cliniques complexes ou tardives. Ces approches sont encore en phase d’évaluation et ne sont pas, à ce stade, intégrées aux recommandations de routine.
- Parallèlement, plusieurs équipes étudient des biomarqueurs métaboliques, immunologiques ou inflammatoires susceptibles d’être associés aux syndromes post-infectieux, dont le PTLDS. L’objectif est de mieux caractériser certains profils biologiques chez des patients présentant des symptômes persistants, mais ces biomarqueurs restent au stade de la recherche et ne sont pas validés pour un usage clinique courant.
- Enfin, des recherches explorent l’existence de signatures immunitaires spécifiques, reflétant des dérégulations de la réponse immunitaire après une infection aiguë. Là encore, il s’agit de pistes prometteuses, mais aucun test validé ne permet aujourd’hui de poser un diagnostic de PTLDS sur cette seule base.
Pistes thérapeutiques
- Sur le plan thérapeutique, plusieurs pistes sont à l’étude, mais aucune ne constitue à ce jour un traitement validé.
- Le disulfirame a fait l’objet d’études préliminaires et de séries cliniques de petite taille, principalement aux États-Unis, suggérant un possible effet chez certains patients. Toutefois, ces données restent limitées, hétérogènes, et ne permettent pas de recommander ce traitement en pratique courante en l’absence d’essais randomisés de grande ampleur.
- L’hygromycine A fait l’objet de recherches précliniques, notamment pour son activité ciblée contre certaines bactéries, dont Borrelia. Ces travaux sont encore expérimentaux et éloignés d’une application chez l’humain.
En résumé, la recherche progresse activement, tant sur le plan diagnostique que thérapeutique, mais aucune avancée ne permet encore une application clinique de routine. Les travaux actuels confirment la complexité et l’hétérogénéité des tableaux post-infectieux, et renforcent l’idée que les futures stratégies diagnostiques et thérapeutiques devront être individualisées, fondées sur des biomarqueurs fiables et des essais cliniques robustes.
